Retraite : âge de départ, calcul et réforme, comment s’y retrouver ?

La retraite dépend de l'âge, du nombre de trimestres et des revenus. L'âge légal monte progressivement vers 64 ans (génération 1969 et après), mais la suspension de la réforme gèle cette hausse du 1er septembre 2026 au 1er janvier 2028 pour les générations 1964 à 1968, qui partent un peu plus tôt. Partir à l'âge légal ne garantit pas le taux plein : il faut le nombre de trimestres requis, ou attendre 67 ans. La retraite de base (salariés du privé) se calcule sur les 25 meilleures années, à laquelle s'ajoute la complémentaire Agirc-Arrco. La méthode de calcul, elle, n'a pas changé.

Votre retraite dépend de trois choses : votre âge, votre nombre de trimestres, et vos revenus professionnels. La réforme de 2023, puis sa suspension fin 2025, ont fait bouger les règles d’âge. Voici l’essentiel, pour les salariés du privé (des règles particulières existent pour les fonctionnaires, indépendants, professions libérales, etc.).


1. À quel âge peut-on partir ?

L’âge légal est l’âge minimum à partir duquel vous pouvez demander votre retraite. Il dépend de votre année de naissance.

La réforme de 2023 prévoyait de le porter progressivement à 64 ans. Mais une suspension votée fin 2025 (loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026) gèle cette hausse du 1er septembre 2026 au 1er janvier 2028. Résultat : les générations 1964 à 1968 peuvent partir un peu plus tôt que prévu.

Pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026 :

Année de naissance Âge légal de départ
1963 à mars 1965 62 ans et 9 mois
Avril à décembre 1965 63 ans
1966 63 ans et 3 mois
1967 63 ans et 6 mois
1968 63 ans et 9 mois
À partir de 1969 64 ans

À retenir : la suspension est temporaire (jusqu’en janvier 2028). Ce qu’il adviendra ensuite dépendra des décisions politiques à venir. Et attention : pouvoir partir à l’âge légal ne veut pas dire partir avec une retraite complète (voir point 3).


2. Peut-on partir avant l’âge légal ?

Oui, dans certains cas : carrière longue (le plus fréquent, pour ceux qui ont commencé à travailler jeune), handicap, incapacité permanente, inaptitude, ou exposition à des facteurs de pénibilité. La suspension a d’ailleurs assoupli les conditions de départ anticipé pour carrière longue.

Les conditions étant techniques, vérifiez précisément votre situation sur votre compte retraite (âge de début d’activité, trimestres cotisés, année de naissance).


3. Âge légal ou taux plein : la distinction essentielle

C’est le point que tout le monde confond. Atteindre l’âge légal ne suffit pas pour avoir une retraite complète.

Le taux plein signifie que votre retraite de base est calculée sans réduction (au taux maximal de 50 %). Vous l’obtenez :

  • si vous avez l’âge légal et le nombre de trimestres requis ;
  • ou automatiquement à 67 ans, même sans tous vos trimestres ;
  • ou dans certains cas particuliers (inaptitude, handicap…).

Si vous partez à l’âge légal sans avoir tous vos trimestres, votre pension subit une décote (réduction définitive).


4. Combien de trimestres faut-il ?

Pour les générations récentes, il faut en principe 172 trimestres (43 ans) pour le taux plein. La suspension réduit légèrement ce nombre pour certaines générations : 170 trimestres pour les personnes nées en 1964 et au 1er trimestre 1965, 171 pour celles nées entre avril et décembre 1965.

Un trimestre peut être cotisé (vous avez travaillé), assimilé (chômage, maladie, maternité, invalidité dans certains cas) ou majoré (notamment pour enfants). Il faut donc regarder le nombre de trimestres validés et leur nature, pas seulement les années travaillées.


5. Comment se calcule la retraite ?

La retraite de base (salariés du privé) suit une formule simplifiée :

Revenu annuel moyen × taux × (trimestres validés ÷ trimestres requis)

Le revenu annuel moyen correspond à la moyenne de vos 25 meilleures années. Le taux atteint 50 % au taux plein.

Exemple : revenu annuel moyen de 32 000 €, taux plein, carrière complète → 32 000 € × 50 % = 16 000 € par an, soit environ 1 333 € brut par mois (hors complémentaire).

La retraite complémentaire (Agirc-Arrco pour les salariés du privé) s’y ajoute. Elle fonctionne par points accumulés tout au long de la carrière, convertis en pension au moment du départ.

Bon à savoir : la suspension de la réforme ne change pas la méthode de calcul de la pension. Elle ne touche que l’âge et la durée d’assurance.


6. Décote et surcote

La décote réduit définitivement la pension si vous partez après l’âge légal mais avant 67 ans, sans avoir tous vos trimestres.

La surcote augmente la pension si vous continuez à travailler après l’âge légal alors que vous avez déjà tous vos trimestres : chaque trimestre supplémentaire majore le montant.

Avant de décider, comparez plusieurs scénarios : partir tout de suite avec décote, travailler quelques trimestres de plus, racheter des trimestres, ou opter pour la retraite progressive.


7. Retraite progressive et cumul emploi-retraite

La retraite progressive permet de réduire son activité tout en touchant une partie de sa retraite — une transition en douceur, qui permet de continuer à cotiser. Elle est désormais accessible dès 60 ans.

Le cumul emploi-retraite permet de retravailler après avoir liquidé sa retraite. Sous certaines conditions (cumul intégral), on peut cumuler pension et salaire sans plafond, et même acquérir de nouveaux droits.


8. Les démarches : la retraite ne tombe pas toute seule

Elle n’est pas versée automatiquement : il faut la demander, plusieurs mois à l’avance. En pratique :

  1. consultez votre compte retraite officiel (relevé de carrière, trimestres validés, estimation de pension) ;
  2. corrigez les périodes manquantes (chômage, maladie, maternité, activité à l’étranger, petits boulots étudiants, enfants…) — une erreur non corrigée peut réduire votre pension ;
  3. estimez le montant et choisissez une date ;
  4. demandez la retraite auprès des régimes concernés (base et complémentaire) ;
  5. prévenez votre employeur si vous êtes salarié.

9. Le départ vis-à-vis de l’employeur

Si vous partez volontairement, vous devez prévenir votre employeur et respecter le préavis (Code du travail, convention collective ou contrat). Vous pouvez avoir droit à une indemnité de départ à la retraite, et l’employeur doit vous remettre les documents de fin de contrat.

L’employeur, lui, ne peut pas vous mettre d’office à la retraite dès l’âge légal : avant un certain âge, il lui faut votre accord ; au-delà, les règles changent.


10. Les erreurs fréquentes

  • croire que la retraite est automatique (il faut la demander) ;
  • confondre âge légal et taux plein ;
  • ne pas vérifier son relevé de carrière ;
  • oublier la retraite complémentaire ;
  • partir trop tôt sans mesurer la décote ;
  • ignorer les trimestres pour enfants ou les périodes assimilées (chômage, maladie) ;
  • oublier les périodes travaillées à l’étranger ;
  • s’y prendre au dernier moment.

Modèle de courrier de départ volontaire à la retraite

Objet : Notification de mon départ volontaire à la retraite

Madame, Monsieur,

Je vous informe de ma décision de faire valoir mes droits à la retraite. Mon départ prendra effet le [date], sous réserve du respect du préavis applicable à mon contrat et à la convention collective.

Je vous remercie de bien vouloir me confirmer les modalités de fin de contrat ainsi que les documents qui me seront remis à cette occasion.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

[Signature]

Questions fréquentes

Peut-on partir dès l’âge légal ? Oui, mais sans forcément une retraite complète : tout dépend du nombre de trimestres.

Quelle différence entre âge légal et taux plein ? L’âge légal est l’âge minimum pour demander la retraite. Le taux plein dépend du nombre de trimestres, ou s’obtient automatiquement à 67 ans.

La suspension de la réforme annule-t-elle la réforme de 2023 ? Non. Elle gèle seulement la hausse de l’âge et de la durée de cotisation, du 1er septembre 2026 au 1er janvier 2028. Au-delà, rien n’est encore décidé.

La retraite est-elle automatique ? Non, il faut en faire la demande auprès des régimes concernés.

Peut-on travailler après la retraite ? Oui, grâce au cumul emploi-retraite, selon des conditions qui varient.


À retenir

  • L’âge légal dépend de l’année de naissance ; il atteint 64 ans à partir de la génération 1969.
  • La suspension de la réforme (1er sept. 2026 → 1er janv. 2028) fait partir les générations 1964-1968 un peu plus tôt.
  • Âge légal taux plein : il faut aussi les trimestres requis, ou attendre 67 ans.
  • Il faut en principe 172 trimestres (43 ans) — un peu moins pour 1964-1965 pendant la suspension.
  • La retraite de base se calcule sur les 25 meilleures années ; la complémentaire s’y ajoute.
  • La décote réduit la pension, la surcote l’augmente.
  • La retraite progressive (dès 60 ans) et le cumul emploi-retraite existent.
  • La retraite n’est pas automatique : il faut la demander et vérifier son relevé de carrière.