Un alternant peut quitter son emploi, mais la procédure dépend étroitement de son contrat. En apprentissage, la rupture est libre et sans motif, par écrit, pendant les 45 premiers jours de formation pratique en entreprise, décomptés en jours de présence effective et non en jours calendaires. Au-delà, deux voies coexistent : la rupture d'un commun accord avec l'employeur, ou la rupture à la seule initiative de l'apprenti, qui suppose la saisine préalable du médiateur de l'apprentissage puis le respect de délais de cinq et sept jours calendaires. Ces deux voies n'ont pas les mêmes conséquences : seule la rupture d'un commun accord est assimilée à une perte involontaire d'emploi et ouvre droit à l'allocation chômage, sous réserve d'avoir travaillé six mois au cours des vingt-quatre derniers mois. En contrat de professionnalisation, il faut distinguer le contrat à durée indéterminée, que l'on quitte par démission avec préavis, du contrat à durée déterminée, dont la rupture anticipée est limitée à cinq hypothèses. Dans tous les cas, il faut prévenir le CFA, formaliser la rupture par écrit, et vérifier que l'attestation destinée à France Travail est cohérente avec le motif retenu.
L’essentiel en 30 secondes
Oui, vous pouvez partir. Mais la procédure dépend entièrement de votre contrat.
| Votre contrat | Comment partir |
|---|---|
| Apprentissage, dans les 45 premiers jours en entreprise | Rupture écrite, sans motif à donner |
| Apprentissage, après 45 jours | Accord commun ou médiateur puis délais |
| Professionnalisation en CDD | Cas limités : accord, embauche en CDI, faute grave, force majeure, inaptitude |
| Professionnalisation en CDI | Démission, avec préavis |
[LE POINT QUI DÉCIDE DE VOS DROITS] Après les 45 jours, deux voies existent pour un apprenti — et elles n’ont pas du tout les mêmes conséquences.
La rupture d’un commun accord est assimilée à une perte involontaire d’emploi : elle ouvre droit au chômage, comme un licenciement.
La rupture à votre seule initiative, après saisine du médiateur, est un départ volontaire : pas d’allocation chômage, sauf motif légitime.
À situation égale, cherchez donc d’abord l’accord de votre employeur. Et veillez à ce que le document ne comporte jamais le mot « démission ».
1. Identifiez d’abord votre contrat
L’erreur la plus fréquente est de traiter l’alternance comme un contrat unique. Reprenez votre exemplaire et cherchez l’intitulé exact : « contrat d’apprentissage » ou « contrat de professionnalisation », puis « CDD » ou « CDI ».
Notez aussi la date de début, la date de fin, le nom de l’OPCO et celui du CFA ou de l’organisme de formation. Vous en aurez besoin à chaque étape.
Une convention de stage n’est pas un contrat de travail : sa rupture obéit à ses propres règles, fixées par la convention tripartite.
2. Apprentissage : les 45 premiers jours
Pendant les 45 premiers jours de formation pratique en entreprise, l’apprenti comme l’employeur peuvent rompre le contrat par écrit, sans avoir à motiver la décision.
Attention au décompte : ce sont des jours passés en entreprise, consécutifs ou non — pas des jours calendaires.
Si vous êtes deux jours par semaine en entreprise et trois jours au CFA, il vous faut environ cinq mois pour atteindre 45 jours de présence. Beaucoup d’apprentis croient la période close alors qu’elle court encore.
Faites l’écrit même si personne ne vous le demande : lettre remise en main propre contre signature, ou recommandé. Gardez la preuve.
3. Apprentissage après 45 jours : deux voies, un seul bon choix
La rupture d’un commun accord. L’employeur et vous convenez ensemble de la fin du contrat, par écrit. C’est la voie la plus simple, la plus rapide — et la seule qui préserve vos droits au chômage.
Le document doit préciser la date de rupture, le paiement du salaire dû et des congés payés acquis, l’information du CFA, et la remise des documents de fin de contrat.
La rupture à votre seule initiative. Si l’employeur refuse l’accord, vous pouvez rompre seul, mais la saisine préalable du médiateur de l’apprentissage est obligatoire. La procédure est chronométrée :
- vous saisissez le médiateur ;
- vous attendez au moins 5 jours calendaires ;
- vous informez l’employeur par écrit de votre intention de rompre ;
- la rupture intervient au moins 7 jours calendaires après cette information.
Quel médiateur ? Il dépend de l’activité de l’entreprise : chambre de commerce et d’industrie pour le commerce et l’industrie, chambre de métiers et de l’artisanat pour l’artisanat, chambre d’agriculture pour l’agriculture. En cas de doute, votre CFA vous orientera.
Si vous êtes mineur, l’acte de rupture doit être signé par votre représentant légal. Sans réponse de sa part, vous pouvez solliciter le médiateur.
4. Apprentissage : partir après avoir obtenu son diplôme
Si vous obtenez votre diplôme ou votre titre avant le terme prévu, vous pouvez rompre par anticipation, à condition d’informer l’employeur par écrit au moins un mois avant la date de fin souhaitée. La rupture ne peut pas intervenir avant le lendemain de la publication des résultats.
C’est la voie la plus simple pour enchaîner sur un autre emploi dès la rentrée sans attendre le terme administratif du contrat.
5. Professionnalisation : tout dépend du CDD ou du CDI
En CDI, vous démissionnez comme n’importe quel salarié, en respectant le préavis prévu par votre convention collective ou votre contrat.
En CDD, il n’y a pas de démission possible. La rupture anticipée n’est ouverte que dans cinq cas : accord de l’employeur, embauche en CDI ailleurs, faute grave, inaptitude constatée par le médecin du travail, force majeure.
En pratique, deux portes seulement s’ouvrent à vous : obtenir l’accord écrit de l’employeur, ou justifier d’une embauche en contrat à durée indéterminée — auquel cas joignez la promesse d’embauche ou le contrat signé à votre courrier.
À savoir : aucune indemnité de fin de contrat. L’indemnité de précarité n’est pas due en contrat de professionnalisation, même conclu en CDD. Ne la comptez pas dans votre budget.
6. Ce que devient votre formation
Prévenez votre CFA avant de rompre, pas après. L’alternance repose sur trois parties, et le CFA est souvent le mieux placé pour débloquer une situation ou vous aider à retrouver une entreprise.
Un filet de sécurité à connaître : si votre contrat d’apprentissage est rompu et que vous n’avez pas encore trouvé de nouvel employeur, vous pouvez poursuivre votre formation théorique pendant six mois en CFA, avec le statut de stagiaire de la formation professionnelle, en conservant vos droits sociaux.
Six mois, c’est confortable pour chercher — mais cela passe vite. Engagez la recherche dès la rupture.
7. Le chômage : les conditions réelles
Deux verrous s’ajoutent l’un à l’autre.
Le caractère de la rupture. Ouvrent droit à l’allocation : la fin normale du contrat, la rupture d’un commun accord, la rupture à l’initiative de l’employeur, la rupture prononcée par le conseil de prud’hommes. N’y ouvrent pas droit : la rupture à votre seule initiative, sauf motif légitime — suivi de conjoint, mariage ou PACS imposant un déménagement, entre autres.
La durée d’affiliation. Il faut avoir travaillé au moins six mois, soit 130 jours ou 910 heures, au cours des 24 derniers mois. Les périodes passées en entreprise comme au CFA comptent.
[LE RÉFLEXE QUI SAUVE LE DOSSIER] Vérifiez que l’attestation France Travail remise par l’employeur est cohérente avec le document de rupture. Si l’accord parle de rupture d’un commun accord mais que l’attestation mentionne une démission ou un départ volontaire, demandez la correction immédiatement, par écrit. C’est l’attestation que France Travail lit, pas votre accord.
8. Quand l’alternance se passe mal
Missions sans lien avec la formation, absence de tuteur, horaires abusifs, salaire non payé, humiliations, harcèlement, travail dangereux : ces situations ne se règlent pas en partant sans rien dire.
Le médiateur de l’apprentissage peut être saisi pour tout litige portant sur les conditions d’exécution du contrat — durée du travail, rémunération, congés, conditions de travail. Ce n’est pas qu’une formalité de rupture : c’est aussi un outil pour rester en obtenant des changements.
En cas de danger ou de violence, le contrat d’apprentissage peut être suspendu lorsqu’existe un risque sérieux d’atteinte à la santé ou à l’intégrité physique ou morale de l’apprenti — brutalités, violences, insultes, humiliations, installations non conformes, harcèlement moral ou sexuel.
Ne restez pas seul : alertez le CFA, le médiateur, l’inspection du travail, et les forces de l’ordre en cas de danger immédiat. Écrivez, datez, conservez.
9. Les deux pièges à éviter
L’abandon de poste. Il vous expose à une retenue sur salaire, à une rupture conflictuelle, à des documents de fin de contrat difficiles à obtenir, à des complications avec le CFA — et il ferme la porte du chômage. Même pressé, envoyez un écrit et suivez la procédure.
La menace de facturation de la formation. Si on vous dit que vous devrez « rembourser l’école », « rembourser l’OPCO » ou « payer les aides perdues », demandez un écrit et vérifiez avec votre CFA. La clause de dédit-formation n’a pas sa place dans un contrat en alternance, dont la formation est financée dans un cadre spécifique.
10. Modèle : demander une rupture d’un commun accord
Objet : Demande de rupture d’un commun accord de mon contrat d’alternance
Madame, Monsieur,
Je suis en [contrat d’apprentissage / contrat de professionnalisation] au sein de votre entreprise depuis le [date].
Je souhaite mettre fin à ce contrat et vous propose que nous convenions ensemble d’une rupture d’un commun accord.
Je propose que nous fixions par écrit la date de fin du contrat, le versement du salaire et des congés payés dus à cette date, l’information de mon CFA et des organismes compétents, ainsi que les modalités de remise de mes documents de fin de contrat.
Je vous remercie de bien vouloir me faire connaître votre position dans les meilleurs délais, et reste disponible pour en discuter.
Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
[Nom, prénom]
Trois vérifications avant de signer l’accord : qu’il porte bien la mention « rupture d’un commun accord » et jamais le mot « démission » ; qu’il indique la date exacte de fin ; qu’il mentionne le solde dû, congés payés compris. Adressez-en une copie à votre CFA le jour même.
Questions fréquentes
Puis-je quitter mon alternance ? Oui, mais la procédure dépend du contrat : apprentissage, professionnalisation en CDD ou en CDI.
Comment se comptent les 45 jours ? En jours de formation pratique en entreprise, consécutifs ou non — pas en jours calendaires.
Après 45 jours, dois-je passer par le médiateur ? Seulement si vous rompez de votre seule initiative. Un accord avec l’employeur en dispense, et il est plus favorable.
Quelle voie préserve mes droits au chômage ? La rupture d’un commun accord, assimilée à une perte involontaire d’emploi. La rupture à votre seule initiative est un départ volontaire.
Puis-je quitter un contrat de professionnalisation en CDD ? Seulement par accord, pour embauche en CDI, faute grave, inaptitude ou force majeure.
Ai-je droit à une indemnité de précarité ? Non, elle n’est pas due en contrat de professionnalisation.
Que devient ma formation ? En apprentissage, vous pouvez poursuivre six mois en CFA comme stagiaire de la formation professionnelle.
Combien faut-il avoir travaillé pour le chômage ? Six mois, soit 130 jours ou 910 heures, au cours des 24 derniers mois.
Mon employeur peut-il me réclamer des frais de formation ? Non. Demandez un écrit et vérifiez avec votre CFA.
Et si l’attestation mentionne une démission ? Demandez sa correction immédiatement, par écrit : c’est ce document que France Travail examine.
À retenir
- Vérifiez d’abord l’intitulé exact de votre contrat.
- Les 45 jours se comptent en jours passés en entreprise, consécutifs ou non.
- Pendant cette période, la rupture est libre, par écrit, sans motif.
- Après 45 jours : accord commun, ou médiateur puis délais de 5 et 7 jours.
- La rupture d’un commun accord ouvre droit au chômage ; la rupture à votre seule initiative, non.
- Le document ne doit jamais employer le mot « démission ».
- Vérifiez la cohérence de l’attestation France Travail, et faites-la corriger au besoin.
- Diplôme obtenu avant le terme : rupture possible avec un préavis écrit d’un mois.
- Professionnalisation en CDD : cinq cas seulement de rupture anticipée.
- Pas d’indemnité de précarité en contrat de professionnalisation.
- Six mois de poursuite de formation en CFA après une rupture d’apprentissage.
- Six mois d’affiliation, soit 130 jours ou 910 heures sur 24 mois, pour le chômage.
- Le médiateur peut aussi servir à rester, pas seulement à partir.
- Danger ou harcèlement : le contrat peut être suspendu ; alertez immédiatement.
- L’abandon de poste ferme toutes les portes, y compris celle du chômage.
Sources
- Articles L. 6222-18 et L. 6222-18-1 du code du travail (rupture du contrat d’apprentissage, médiateur, délais)
- Article L. 6222-19 du code du travail (rupture après obtention du diplôme)
- Article L. 6222-18-2 du code du travail (poursuite de la formation en CFA)
- Articles L. 1243-1 et suivants du code du travail (rupture anticipée du contrat à durée déterminée)
- Articles L. 6325-1 et suivants du code du travail (contrat de professionnalisation)
- Règlement d’assurance chômage et accord d’application relatif aux cas de démission légitime
- Service-Public.fr, fiches relatives au contrat d’apprentissage, au médiateur de l’apprentissage et au contrat de professionnalisation
- France Travail, conditions d’ouverture des droits à l’allocation d’aide au retour à l’emploi
Fiche à jour au 20 août 2026.
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