La pension alimentaire sert à contribuer à l'entretien et à l'éducation de l'enfant après la séparation des parents. Son montant dépend des revenus des parents, du mode de garde et des besoins de l'enfant. Elle peut être fixée à l'amiable, par le juge, ou dans certains cas par un titre exécutoire délivré via la CAF ou la MSA. En cas de non-paiement, le parent créancier peut saisir l'ARIPA, demander un paiement direct, faire intervenir un commissaire de justice ou engager d'autres procédures de recouvrement. Si la pension n'est pas payée pendant plus de deux mois, une plainte pour abandon de famille peut aussi être envisagée.
Après une séparation, l’un des parents peut devoir verser une pension alimentaire pour contribuer à l’entretien et à l’éducation de l’enfant.
Plusieurs questions reviennent souvent : comment le montant est-il calculé ? Peut-on se mettre d’accord sans juge ? Que faire si l’autre parent ne paie pas ? Comment fonctionne l’ARIPA ? Peut-on récupérer les impayés ?
La pension alimentaire n’est pas une faveur : c’est une contribution destinée à couvrir les besoins de l’enfant.
1. À quoi sert la pension alimentaire ?
La pension alimentaire sert à contribuer aux dépenses liées à l’enfant : alimentation, logement, vêtements, frais scolaires, santé, transport, loisirs, activités, ou frais liés à un handicap ou à une situation particulière.
Elle peut être due même si les parents exercent tous les deux l’autorité parentale. Elle peut aussi être due en résidence alternée, notamment si les revenus des parents sont très différents ou si certaines dépenses sont supportées principalement par l’un d’eux. Le montant est fixé en fonction des ressources des deux parents, du mode de garde et des besoins de l’enfant.
2. Comment est calculée la pension alimentaire ?
Il n’existe pas de calcul automatique unique.
Le montant dépend principalement :
- des revenus du parent qui doit payer ;
- des revenus de l’autre parent ;
- des charges de chacun ;
- du nombre d’enfants ;
- du mode de résidence : alternée, classique ou réduite ;
- des besoins de l’enfant : âge, santé, handicap, scolarité, frais particuliers.
Le ministère de la Justice propose un barème indicatif et un simulateur en ligne. Mais ce barème n’est pas obligatoire : le juge peut fixer un autre montant selon les particularités de la situation.
Exemple Un parent gagne nettement plus que l’autre, et l’enfant vit principalement chez l’autre parent : le juge peut fixer une pension pour équilibrer la contribution de chacun. À l’inverse, en résidence alternée avec des revenus proches, la pension peut être faible ou inexistante.
3. Peut-on fixer la pension sans passer devant le juge ?
Oui.
Les parents peuvent fixer la pension alimentaire à l’amiable dans une convention parentale. Mais pour pouvoir forcer le paiement en cas de difficulté, il faut idéalement que cet accord ait une force exécutoire (c’est-à-dire qu’il permette le recours à une procédure de recouvrement).
La convention peut notamment être :
- homologuée par le juge aux affaires familiales ;
- intégrée dans une convention de divorce par consentement mutuel ;
- ou faire l’objet d’un titre exécutoire délivré par la CAF ou la MSA dans certains cas.
En cas d’accord entre parents, ceux-ci peuvent demander à l’ARIPA la délivrance d’un titre exécutoire permettant la mise en place de l’intermédiation financière, sans avoir nécessairement à saisir le juge ni à prendre un avocat.
4. Qui fixe la pension en cas de désaccord ?
En cas de désaccord, il faut saisir le juge aux affaires familiales.
Le juge peut fixer le montant de la pension, la date de paiement, les modalités de versement, l’indexation annuelle, et éventuellement la répartition de certains frais exceptionnels.
Bon à savoir : pour des parents séparés non mariés, l’avocat n’est pas obligatoire pour saisir le juge aux affaires familiales sur la pension alimentaire. En cas de divorce judiciaire, l’avocat est en revanche nécessaire.
5. La pension alimentaire doit-elle être revalorisée ?
Oui, si le jugement ou la convention prévoit une clause d’indexation.
Dans ce cas, la pension doit être revalorisée selon l’indice prévu, en général une fois par an.
Point important : c’est normalement au parent qui paie la pension de faire lui-même la revalorisation, sans attendre que l’autre parent la réclame. L’indexation permet de suivre l’évolution du coût de la vie.
6. Peut-on modifier le montant de la pension ?
Oui, si la situation change de façon importante : baisse de revenus, perte d’emploi, hausse des revenus de l’autre parent, changement de mode de garde, nouveaux besoins de l’enfant, frais médicaux ou scolaires particuliers, enfant devenu majeur mais pas encore autonome, naissance d’un autre enfant…
Attention : le parent qui doit payer ne peut pas décider seul d’arrêter ou de réduire la pension. S’il ne peut plus payer, il doit demander une modification au juge aux affaires familiales. À défaut, le juge pourra considérer qu’il s’agit d’un refus volontaire de payer.
7. La pension s’arrête-t-elle automatiquement à 18 ans ?
Non.
La pension alimentaire peut continuer après la majorité de l’enfant s’il n’est pas encore autonome financièrement, par exemple s’il poursuit des études, une formation, ou recherche un emploi.
Elle cesse en principe lorsque l’enfant peut subvenir lui-même à ses besoins. Il ne faut donc pas arrêter de payer simplement parce que l’enfant a 18 ans, sauf si le jugement ou la convention le prévoit clairement, ou si un nouveau titre met fin à l’obligation.
8. Que faire si la pension alimentaire n’est pas payée ?
Si la pension n’est pas payée, ou seulement partiellement, il faut agir vite.
Étape 1 : vérifier le titre applicable
Vérifiez d’abord que vous disposez d’un document qui fixe la pension :
- un jugement ;
- une convention homologuée ;
- une convention de divorce par consentement mutuel ;
- un acte authentique ;
- un titre exécutoire CAF ou MSA.
Le recouvrement forcé suppose en effet de disposer d’un de ces titres permettant d’exiger le paiement.
Étape 2 : relancer par écrit
Vous pouvez envoyer un courrier ou un message écrit au parent débiteur, en rappelant le montant dû, les mois impayés, le titre qui fixe la pension et la nécessité de régulariser. Cette étape n’est pas toujours suffisante, mais elle permet de conserver une trace.
Étape 3 : saisir l’ARIPA
L’ARIPA peut intervenir pour récupérer les pensions impayées et sécuriser les paiements à venir. En cas de pension impayée, le parent créancier peut la saisir pour bénéficier de l’intermédiation financière.
9. L’ARIPA, c’est quoi ?
L’ARIPA est l’Agence de recouvrement et d’intermédiation des pensions alimentaires. Elle est gérée par la CAF ou la MSA.
Son rôle est double :
- récupérer les pensions alimentaires impayées ;
- servir d’intermédiaire pour éviter les paiements directs entre parents.
Avec l’intermédiation financière, le parent débiteur paie la pension à l’ARIPA, qui la reverse ensuite au parent créancier. En cas de retard ou d’impayé, l’ARIPA engage une procédure de recouvrement amiable ou forcé.
10. Comment fonctionne l’intermédiation financière ?
L’intermédiation financière permet d’éviter les tensions liées au paiement direct. Concrètement :
- le parent qui doit payer verse la pension à l’ARIPA ;
- l’ARIPA reverse la pension au parent qui doit la recevoir ;
- si le paiement n’arrive pas, l’ARIPA peut agir contre le parent débiteur.
Le service est gratuit et géré par la CAF ou la MSA. Il concerne les pensions alimentaires dues entre parents pour l’entretien d’un enfant. Il ne concerne pas, par exemple, une pension versée directement à un enfant majeur, ni une prestation compensatoire entre ex-époux.
Bon à savoir : pendant l’instruction du dossier, la pension doit continuer à être payée directement selon ce qui est prévu dans le titre exécutoire.
11. L’ARIPA peut-elle récupérer les impayés ?
Oui, par des moyens amiables ou forcés. Elle peut notamment utiliser :
- le paiement direct auprès de l’employeur ;
- le paiement direct auprès d’une banque ;
- le recouvrement auprès d’un organisme de retraite ou de France Travail ;
- le recouvrement public par la direction générale des finances publiques, notamment pour certains débiteurs non salariés.
L’ARIPA peut aussi recouvrer des créances à l’étranger et des pensions alimentaires ordonnées à l’étranger.
12. Jusqu’à quand peut-on récupérer les impayés ?
Le principe : chaque mensualité de pension alimentaire se prescrit par 5 ans. Vous pouvez donc en principe réclamer les impayés des 5 dernières années.
Mais attention, certaines procédures ont leurs propres limites :
- la procédure de paiement direct permet de récupérer les arriérés des 6 derniers mois seulement (tout en garantissant les échéances à venir) ;
- lorsque l’ARIPA verse l’ASF en avance puis se retourne contre le parent débiteur, elle peut récupérer jusqu’à 2 ans d’impayés pour le compte du parent.
Au-delà de ces dispositifs rapides, le recouvrement des arriérés plus anciens (jusqu’à 5 ans) passe par les autres procédures de recouvrement forcé, via un commissaire de justice.
13. Qu’est-ce que la procédure de paiement direct ?
Le paiement direct permet au parent créancier d’obtenir le paiement de la pension directement auprès d’un tiers qui doit de l’argent au parent débiteur : le plus souvent l’employeur, mais aussi une banque, une caisse de retraite ou un organisme versant des prestations.
Cette procédure peut être engagée dès le premier impayé : un seul jour de retard suffit. Elle nécessite un titre exécutoire fixant la pension et est généralement mise en œuvre par un commissaire de justice (anciennement huissier).
14. Peut-on bénéficier d’une aide si l’autre parent ne paie pas ?
Oui, dans certains cas : le parent qui élève seul l’enfant peut demander l’allocation de soutien familial (ASF).
L’ASF peut être versée :
- lorsque l’enfant est privé de l’aide de l’un ou de ses deux parents ;
- lorsque la pension est en cours de fixation ;
- lorsque la pension fixée est trop faible ;
- lorsque la pension n’est pas payée.
En 2026, l’ASF s’élève à 200,78 € par mois et par enfant pour un parent isolé, et peut atteindre 267,63 € par mois et par enfant lorsque l’enfant est privé de ses deux parents.
Important : l’ASF n’est soumise à aucune condition de ressources. Si vous percevez une pension d’un montant inférieur à l’ASF, vous pouvez recevoir une ASF différentielle (la différence entre les deux). Et lorsque la pension n’est pas payée, l’ASF peut être versée à titre d’avance, la CAF ou la MSA se chargeant ensuite de récupérer les sommes auprès du parent débiteur.
15. Le non-paiement peut-il être une infraction pénale ?
Oui.
Si le parent débiteur reste plus de 2 mois sans payer intégralement la pension alimentaire, il peut s’agir du délit d’abandon de famille (article 227-3 du Code pénal). Ce délit est puni de 2 ans d’emprisonnement et 15 000 € d’amende.
Le dépôt de plainte peut être envisagé, mais il ne remplace pas les démarches de recouvrement. En pratique, il faut souvent agir sur les deux plans : récupérer les sommes dues (via l’ARIPA ou un commissaire de justice) et signaler l’infraction si le non-paiement est durable et volontaire.
À savoir : le délit n’est constitué que si le non-paiement est volontaire. Un parent confronté à de réelles difficultés financières, qui a saisi le juge pour demander une révision de la pension, démontre sa bonne foi. Par ailleurs, ne pas signaler son changement d’adresse au créancier dans le mois est aussi un délit (article 227-4 du Code pénal), puni de 6 mois d’emprisonnement et 7 500 € d’amende.
16. Le parent débiteur peut-il arrêter de payer s’il ne voit plus l’enfant ?
Non.
Le paiement de la pension alimentaire et le droit de visite sont deux sujets différents. Un parent ne peut pas arrêter de payer parce qu’il voit moins l’enfant, parce que les relations sont tendues, ou parce qu’il estime que l’autre parent ne respecte pas ses droits.
S’il existe un problème sur le droit de visite, il faut saisir le juge ou faire constater la difficulté, mais la pension reste due tant qu’elle n’a pas été modifiée.
17. Peut-on refuser de présenter l’enfant si la pension n’est pas payée ?
Non plus.
Le parent créancier ne doit pas se faire justice lui-même. Même si la pension n’est pas payée, il ne faut pas priver l’autre parent de son droit de visite si une décision ou une convention l’organise. Il faut agir par les voies légales : ARIPA, commissaire de justice, juge, plainte si nécessaire.
18. Quels documents préparer pour saisir l’ARIPA ou engager un recouvrement ?
Il faut généralement réunir :
- le jugement ou la convention fixant la pension ;
- le décompte précis des sommes impayées ;
- les dates des impayés ;
- les coordonnées et l’adresse du parent débiteur ;
- son employeur, si connu ;
- son numéro de sécurité sociale, si connu ;
- les justificatifs de paiement partiel éventuel ;
- un RIB ;
- les échanges écrits utiles.
Plus le dossier est clair, plus la démarche sera efficace.
19. Modèle de courrier de relance pour pension alimentaire impayée
Objet : Demande de paiement de la pension alimentaire impayée
Madame, Monsieur,
Conformément à [la décision de justice / la convention / le titre exécutoire] du [date], vous devez verser une pension alimentaire de [montant] € par mois pour l’entretien et l’éducation de [prénom de l’enfant].
À ce jour, les pensions suivantes restent impayées :
- [mois] : [montant] € ;
- [mois] : [montant] € ;
- [mois] : [montant] €.
Le montant total dû s’élève donc à [montant total] €.
Je vous demande de régulariser cette situation dans un délai de [8 ou 15] jours à compter de la réception de ce courrier.
À défaut, je me réserve le droit de saisir l’ARIPA, un commissaire de justice, le juge compétent et, si les conditions sont réunies, de déposer plainte pour abandon de famille.
Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
[Signature]
20. Questions fréquentes
Le simulateur de pension alimentaire donne-t-il le montant obligatoire ? Non. Le simulateur donne une estimation indicative. Le juge peut retenir un autre montant selon les revenus, les charges, le mode de garde et les besoins de l’enfant.
Peut-on demander une pension en résidence alternée ? Oui. La résidence alternée n’exclut pas automatiquement la pension, notamment si les revenus sont déséquilibrés ou si un parent supporte plus de frais.
Que faire si l’autre parent ne paie qu’une partie ? Un paiement partiel reste un impayé pour la partie manquante. Il faut tenir un décompte précis et saisir l’ARIPA ou engager une procédure de recouvrement.
Peut-on récupérer les impayés anciens ? En principe, chaque mensualité se prescrit par 5 ans : vous pouvez donc réclamer les impayés des 5 dernières années, selon la procédure utilisée.
L’ARIPA est-elle payante ? Non. L’intermédiation financière des pensions alimentaires est un service gratuit géré par la CAF ou la MSA.
Faut-il un avocat ? Pas toujours. Pour une demande devant le juge aux affaires familiales hors divorce judiciaire, l’avocat n’est pas obligatoire. Il peut toutefois être utile si la situation est conflictuelle, complexe, ou si les revenus sont contestés.
À retenir
- La pension alimentaire est destinée à l’enfant, ce n’est pas une faveur entre parents.
- Le calcul dépend des revenus, charges, besoins de l’enfant et mode de garde ; le barème officiel est indicatif, pas automatique.
- La pension peut être due même en résidence alternée.
- Elle ne s’arrête pas automatiquement aux 18 ans de l’enfant.
- Le parent débiteur ne peut pas réduire ou arrêter seul la pension : il doit saisir le juge.
- Les impayés peuvent en principe être récupérés jusqu’à 5 ans en arrière.
- L’ARIPA peut sécuriser les paiements et recouvrer les impayés (service gratuit).
- L’ASF (200,78 € par enfant en 2026) peut aider le parent isolé lorsque la pension est faible ou impayée.
- Plus de 2 mois de non-paiement volontaire peuvent constituer un abandon de famille (2 ans de prison, 15 000 € d’amende).
- Pension et droit de visite sont indépendants : ni l’un ni l’autre parent ne peut se faire justice lui-même.