Un alternant peut changer d'entreprise en cours de formation, mais l'opération suppose de rompre le premier contrat avant d'en conclure un second. En apprentissage, la rupture est libre et sans motif pendant les 45 premiers jours de formation pratique en entreprise, décomptés en jours de présence effective et suspendus par un arrêt maladie. Au-delà, deux voies coexistent : la rupture d'un commun accord, à privilégier car elle est assimilée à une perte involontaire d'emploi et préserve les droits au chômage, et la rupture à la seule initiative de l'apprenti, qui suppose la saisine préalable du médiateur puis le respect de délais de cinq et sept jours calendaires. En contrat de professionnalisation, la démission est possible en contrat à durée indéterminée, mais un contrat à durée déterminée ne peut être rompu que par accord de l'employeur ou dans les cas légaux, l'obtention d'une autre alternance n'en faisant pas partie. L'ordre des opérations est déterminant : trouver l'entreprise, valider avec le centre, sécuriser par écrit, puis seulement rompre. À défaut, le maintien en formation pendant six mois protège le cursus mais pas la rémunération.
Puis-je changer d’entreprise en cours d’alternance ?
L’essentiel en 30 secondes
Oui, c’est possible. Mais juridiquement, il ne s’agit pas d’un transfert : il faut mettre fin au premier contrat, puis en conclure un second.
| Votre situation | Comment partir |
|---|---|
| Apprentissage, moins de 45 jours en entreprise | Rupture écrite, sans motif |
| Apprentissage, après 45 jours, employeur d’accord | Rupture d’un commun accord |
| Apprentissage, après 45 jours, employeur opposé | Médiateur, puis délais de 5 et 7 jours |
| Professionnalisation en CDI | Démission avec préavis |
| Professionnalisation en CDD | Accord de l’employeur, ou cas légal de rupture anticipée |
[LE POINT QUE PERSONNE NE SIGNALE] Les deux voies après 45 jours ne se valent pas si vous vous retrouvez sans entreprise.
La rupture d’un commun accord est assimilée à une perte involontaire d’emploi : elle ouvre droit au chômage. La rupture à votre seule initiative après médiateur est un départ volontaire : elle ne l’ouvre pas.
Si vous enchaînez sans interruption, la différence est théorique. Si votre nouveau contrat se fait attendre, elle devient décisive. Cherchez donc l’accord de votre employeur en premier, même quand la relation est mauvaise.
1. Ce n’est pas un transfert
Votre contrat ne « passe » pas d’une entreprise à l’autre. Deux opérations distinctes s’enchaînent : la rupture, puis la signature.
Ce que vous ne pouvez pas faire : arrêter de venir le lundi et commencer ailleurs le mardi. Cela s’analyse en absence injustifiée ou en rupture irrégulière, et vous met en tort.
Ce que vous n’avez pas besoin d’obtenir : l’autorisation de votre employeur. Il ne dispose d’aucun droit lui permettant de vous retenir jusqu’à la fin du diplôme. La phrase « je refuse ta démission » n’a aucune portée en apprentissage.
Ce que vous devez faire : respecter la procédure applicable à votre contrat.
2. Apprentissage : les 45 premiers jours
Pendant les 45 premiers jours de formation pratique en entreprise, consécutifs ou non, chacun peut rompre le contrat par écrit, sans motif et sans préavis.
Attention au décompte. Ce sont des jours de présence effective en entreprise, pas des jours calendaires depuis la signature. À trois jours par semaine, il faut environ quinze semaines pour les atteindre. La période est en outre suspendue en cas d’arrêt maladie, donc prolongée d’autant.
Beaucoup d’alternants croient cette période close alors qu’elle court encore : c’est pourtant la sortie la plus simple. Comptez vos jours avant toute chose.
3. Après 45 jours : accord, ou médiateur
La rupture d’un commun accord est la voie à privilégier. Elle se formalise par un écrit signé des deux parties, fixant la date de fin, les modalités du départ et l’information du centre de formation.
Présentez-la comme ce qu’elle est : la poursuite du même diplôme ailleurs, pas un désaveu. Beaucoup d’employeurs acceptent sans difficulté, surtout si vous proposez des dates qui leur laissent le temps de s’organiser.
Si l’employeur refuse, vous pouvez rompre seul, mais la procédure est chronométrée :
- saisir le médiateur de l’apprentissage ;
- attendre au moins 5 jours calendaires ;
- informer l’employeur par écrit de votre intention de rompre, par un moyen établissant la date ;
- attendre au moins 7 jours calendaires après cette information avant que la rupture prenne effet.
Quel médiateur ? Chambre de commerce et d’industrie, chambre de métiers et de l’artisanat, ou chambre d’agriculture selon l’activité de l’entreprise. Votre centre de formation vous l’indiquera immédiatement.
Son rôle n’est pas de vous autoriser à partir : sa saisine est une étape obligatoire de la procédure. Il peut aussi, si vous le souhaitez, tenter de faire évoluer la situation dans l’entreprise actuelle.
4. Contrat de professionnalisation : nettement plus contraint
En CDI, vous démissionnez selon les règles ordinaires, en respectant le préavis prévu par votre convention collective ou votre contrat.
En CDD, il n’existe aucun mécanisme équivalent au médiateur. La rupture anticipée n’est possible que par accord de l’employeur, ou dans les cas légaux : embauche en contrat à durée indéterminée ailleurs, faute grave, inaptitude, force majeure.
Un point à ne pas confondre : avoir trouvé une autre alternance en contrat à durée déterminée ne vous autorise pas à quitter votre contrat en cours. Seule une embauche en contrat à durée indéterminée ouvre ce cas de rupture.
En pratique, en contrat de professionnalisation à durée déterminée, votre seule vraie porte est l’accord de l’employeur. Négociez-la, en proposant une date qui l’arrange.
5. L’ordre des opérations
C’est le point le plus important de cette fiche, et celui où les alternants se mettent en difficulté.
L’ordre sûr :
- Trouver la nouvelle entreprise.
- Vérifier avec le centre de formation qu’elle peut vous accueillir : missions compatibles, durée du contrat, financement.
- Obtenir une confirmation écrite du recrutement et la date de début envisagée.
- Organiser la rupture de votre contrat actuel, si possible pour la veille du nouveau départ.
- Signer le nouveau contrat.
EXEMPLE. Ancien contrat clos le 30 novembre, nouveau contrat démarrant le 1er décembre. Aucune interruption de salaire, aucune période sans entreprise.
Le scénario à éviter : une promesse orale, une rupture immédiate, puis un employeur qui se ravise deux semaines plus tard. Vous vous retrouvez sans entreprise, sans salaire, et sans droit au chômage si vous avez rompu seul.
Ne commencez jamais à travailler dans la nouvelle entreprise avant que le contrat soit régularisé — auprès de l’employeur, du centre et de l’opérateur de compétences.
6. Ce qui change dans la nouvelle entreprise
Votre salaire, peut-être. La rémunération minimale dépend de votre âge, de l’année d’exécution de l’apprentissage, du diplôme préparé et de la convention collective. Vous ne repartez pas au taux de première année : votre progression dans le cycle est prise en compte. Mais si votre ancien employeur vous versait volontairement au-dessus du minimum, rien n’oblige le nouveau à s’aligner.
Demandez le montant exact par écrit avant de rompre. Ne partez pas du principe que vous conserverez vos 1 500 €.
Une nouvelle période de 45 jours s’ouvre. C’est un nouveau contrat : la période de rupture libre recommence. Cela vous protège si l’entreprise ne convient pas — mais l’inverse est vrai aussi, et le nouvel employeur peut rompre tout aussi librement pendant ces 45 jours.
La durée du contrat s’adapte. Elle est calée sur ce qu’il vous reste de formation à effectuer, pas sur la durée totale du diplôme. Le centre organise cet ajustement avec le nouvel employeur.
Vous ne recommencez pas votre année. Les cours suivis et les compétences acquises restent acquis. Vérifiez simplement avec le centre les compétences qui devaient être acquises dans l’ancienne entreprise et restent à couvrir.
7. Deux arguments à donner à votre futur employeur
Un employeur hésite parfois à recruter un alternant en cours d’année. Deux éléments concrets peuvent lever l’objection.
La participation forfaitaire est fortement réduite. Pour les diplômes de niveau licence et master, l’employeur doit normalement acquitter une participation de 750 €. Lorsqu’il reprend un apprenti sur le même diplôme, ce montant est ramené à 200 €.
L’aide à l’embauche reste possible. Un nouvel employeur qui n’a jamais bénéficié d’aide pour vous sur cette certification peut y prétendre au titre du nouveau contrat. Faites vérifier son éligibilité par le centre ou l’opérateur de compétences : c’est un argument financier direct.
8. Si vous restez temporairement sans entreprise
En apprentissage, le centre doit vous permettre de poursuivre votre formation théorique pendant six mois et contribuer à vous trouver un nouvel employeur. Vous avez alors le statut de stagiaire de la formation professionnelle, avec une couverture sociale.
Mais vous n’êtes plus payé. Ces six mois protègent votre formation, pas vos revenus. Votre ancien employeur cesse de vous rémunérer à la fin du contrat, et le centre ne s’y substitue pas.
C’est précisément pourquoi l’ordre des opérations du point 5 compte autant.
9. Les documents à récupérer
À la fin du contrat, l’ancien employeur doit vous remettre le certificat de travail, l’attestation destinée à France Travail et le reçu pour solde de tout compte, accompagnés des sommes dues : dernier salaire, indemnité compensatrice de congés payés, autres éléments de rémunération.
Vos congés payés ne se transfèrent pas. Ceux acquis et non pris vous sont réglés par l’ancien employeur ; vous recommencez à en acquérir chez le nouveau.
Vérifiez le motif inscrit sur l’attestation France Travail : il doit correspondre à ce que vous avez signé. Si l’accord parle de rupture d’un commun accord mais que l’attestation mentionne une démission, demandez la correction immédiatement.
10. Les erreurs qui coûtent cher
- Partir du jour au lendemain, sans écrit.
- Croire qu’on « transfère » son contrat.
- Rompre sur une promesse orale.
- Ne pas prévenir le centre de formation.
- Confondre apprentissage et contrat de professionnalisation.
- Croire qu’un contrat de professionnalisation à durée déterminée se quitte aussi facilement.
- Ne pas compter ses 45 jours avant de se compliquer la vie.
- Ne pas vérifier le nouveau salaire avant de partir.
- Commencer à travailler avant régularisation du contrat.
- Choisir la voie du médiateur alors qu’un accord était possible, et perdre ses droits au chômage.
Questions fréquentes
Puis-je changer d’entreprise en cours d’alternance ? Oui. Mais il faut rompre le premier contrat puis en signer un second : ce n’est pas un transfert.
Ai-je besoin de l’accord de mon employeur ? Non en apprentissage, mais la procédure sans accord est plus longue et moins favorable. Oui, en pratique, en contrat de professionnalisation à durée déterminée.
Comment se comptent les 45 jours ? En jours de présence effective en entreprise, consécutifs ou non, et la période est suspendue par un arrêt maladie.
Quelle voie choisir après 45 jours ? Cherchez d’abord l’accord : lui seul préserve vos droits au chômage si vous restez sans entreprise.
Qui est le médiateur ? Un service de la chambre consulaire dont relève votre entreprise. Votre centre vous l’indiquera.
Dois-je avoir trouvé avant de partir ? Ce n’est pas obligatoire, mais c’est fortement conseillé : les six mois de maintien en formation ne sont pas rémunérés.
Mon salaire va-t-il baisser ? Vous ne repartez pas au taux de première année, mais un dépassement volontaire du minimum par l’ancien employeur ne s’impose pas au nouveau. Demandez le montant par écrit.
Une nouvelle période de 45 jours s’ouvre-t-elle ? Oui, c’est un nouveau contrat. Cela vous protège, et protège aussi le nouvel employeur.
Vais-je recommencer mon année ? Non. La durée du nouveau contrat s’ajuste à ce qu’il vous reste de formation.
Puis-je rester dans le même centre ? Oui, le plus souvent. Changer d’entreprise ne signifie pas changer de formation.
Mon ancien employeur peut-il bloquer mon recrutement ? Non. Vérifiez seulement l’existence d’une clause de non-concurrence, dont la validité est strictement encadrée.
À retenir
- Ce n’est pas un transfert : deux contrats, deux opérations.
- Comptez vos 45 jours de présence effective avant tout.
- Cette période est suspendue par un arrêt maladie.
- Après 45 jours : cherchez l’accord de l’employeur en priorité.
- L’accord préserve vos droits au chômage ; la rupture seule, non.
- Sans accord : médiateur, puis 5 jours, puis information écrite, puis 7 jours.
- Contrat de professionnalisation à durée déterminée : seul l’accord fonctionne en pratique.
- Trouver l’entreprise, valider avec le centre, sécuriser par écrit, puis rompre.
- Ne jamais commencer à travailler avant régularisation du contrat.
- Une nouvelle période de 45 jours s’ouvre chez le nouvel employeur.
- Le nouveau contrat s’ajuste à la formation restante : vous ne recommencez pas l’année.
- Faites confirmer votre futur salaire par écrit avant de rompre.
- Participation réduite à 200 € pour l’employeur qui vous reprend sur le même diplôme.
- Six mois de formation maintenue, mais sans rémunération.
- Vérifiez le motif porté sur l’attestation France Travail.